Coût de la prostitution

La prostitution: Brève présentation

Qu’est-ce que c’est?

A partir de la lecture de différents auteurs scientifiques1, nous avons construit notre définition de la prostitution. Pour nous, il s’agit d’un rapport de pouvoir qui s’exprime par l’appropriation du corps d’une personne par une autre dans un but sexuel, résultant habituellement en une compensation d’ordre financier ou matériel, sous le couvert d’échange, et sur un laps de temps variable. La prostitution dépend du contexte patriarcal de notre société, favorisant de tels rapports. Nous considérons les dimensions de violence et de non-choix dans la prostitution. De plus, le parlement européen la reconnaît depuis 20142 comme allant à l’encontre des droits humains et de l’égalité femmes-hommes.

Sources:

[1] Farley, M. (2003). Prostitution and the Invisibility of Harm. Women & Therapy, 26, 247-280. doi:10.1300/J015v26n03_06 ;

Tabet, P. (2004). La grande arnaque: Sexualité des femmes et échanges économico-sexuel. L’Harmattan. ;

Grégoire, J., Dantinne, M., & Mathys, C. (2015). Corps et prostitution : Entre aliénation et mise à disposition, quel est le rapport des travailleuses du sexe à leur corps ? Revue de la Faculté de Droit de l’Université de Liège, 1, 61-80. Retrieved from https://orbi.uliege.be/handle/2268/182480 ;

Pheterson, 1986, 2001, citée par Tabet, 2004 ;

Parent, 1994; Dumont et al., 1994, cités par Jovelin, E. (2011). De la prostitution aux clients de la prostitution. Pensée Plurielle, 27, 75-92. doi:10.3917/pp.027.0075 ;

Daalder (2007) cité par Boels Dominique. (2014). The challenges of Belgian prostitution markets as legal informal economies: An empirical look behind the scenes at the oldest profession in the world. European Journal on Criminal Policy and Research, 21, 485–507. doi:10.1007/s10610-014-9260-8. ;

[2]Rapport Honeyball (2014)

[3] Synthèse des résultats de l’étude PROSTCOST

[4 ] Prostitution : Point de rencontre entre l’exploitation économique et sexuelle

[5] Notre étude à paraître

[6] Barry (1979) cité par : Bullough, B., & Bullough, V. L. (1996). Female prostitution: Current research and changing interpretations. Annual Review of Sex Research, 7, 158-180. doi:10.1080/10532528.1996.10559912

[7] Étude de P. Govers et G. Absil à propos de la prostitution

[8] Maquestiau, P., & Duysens, C. (2016). Perspectives de genre dans la lutte contre les violences sexuelles. Le monde selon les femmes.

[9] Rapport de l’ESISC sur le crime organisé, la traite des êtres humains et la prostitution

[10] Plan intra-francophone 2015-2019 de lutte contre les violences sexistes et intrafamiliales

[11] Plan national de lutte contre toutes les formes de violence basée sur le genre (2015-2019)

[12] Dr Muriel Salmona sur les conduites à risque dissociantes

[13] Thèse de Dr Judith Trinquart sur la décorporalisation dans la pratique prostitutionnelle

[14] La politique contre la traite et la prostitution en Suède, par le lobby européen des femmes

[15] Article de la fondation Scelles sur le lobby contre la loi de 2016 en France

[16] Article Prostitution et Société abordant le lobby pro-prostitution en Suisse

Quelles violences ?

La situation prostitutionnelle implique des risques très importants de violences : 6 fois plus de viols que pour les autres femmes, la moitié ont vécu des violences physiques dans l’année, sans compter le nombre encore plus élevé de violences psychologiques3.

De plus, la prostitution consiste en une violence. Forme de harcèlement sexuel continu4, elle entraîne un taux important de dissociation péri-traumatique5. La dissociation péri-traumatique peut apparaître dans des situations traumatogènes, et indique le possible développement d’un syndrome de stress post-traumatique. L’acte prostitutionnel en lui-même est donc bien violent, puisque source de traumatisme.

La prostitution est aux antipodes de la liberté sexuelle, puisqu’elle désigne et promeut des rapports inégalitaires4. Selon un collectif de médecin français : « Univers de violences, qu’elles soient le fait de réseaux de proxénètes ou des clients, et de contraintes, qu’elles soient financières, psychiques ou physiques, la prostitution est incompatible avec la définition de la santé sexuelle donnée par l’OMS »3.

Pourquoi parle-t-on de non-choix ?

Pour l’écrasante majorité des femmes dans la prostitution que nous avons rencontrées, les difficultés financières, et/ou liées à l’emploi sont la motivation d’entrée5. Peut-on parler de choix quand aucune autre alternative ne semble viable pour se loger, nourrir ses enfants, fuir une guerre, un mariage forcé ou une autre forme de violence et/ou de précarité économique ?

Ensuite, 9 femmes sur 10 désirent sortir de la prostitution mais ne s’en sentent pas capable4. Comment encore parler de choix dans cette situation ? Cela correspond à ce que Barry6 appelle la prostitution involontaire, constituant en un esclavage sexuel.

Qui en profite ?

D’abord, ce sont les clients. Au nom du mythe de besoins sexuels masculins irrépressibles7, cette quasi-pleine majorité d’hommes est permise de disposer du corps des femmes dans un « rapport » sexuel à sens unique niant le désir de l’autre. Sans clients prostitueurs, pas de prostitution.

Ensuite, ce sont les proxénètes, qu’ils soient propriétaires de vitrines (touchant environ la moitié des gain de la personne en situation de prostitution5) ou non. Les profits générés expliquent le peu de remise en question autour de la prostitution, notamment via l’utilisation de lobbies15,16. Et par le biais du proxénétisme, il s’agit d’une des principales sources de revenu du crime organisé, finançant, par exemple, le terrorisme9.

Qui sont les victimes ?

Les premières victimes sont bien entendu, les personnes en situation de prostitution. L’activité prostitutionnelle constitue bien une violence sexuelle10, basée sur le genre11. La prostitution se base également sur le gap économique nord/sud ou la pauvreté dans certains pays d’Europe9.

L’acte prostitutionnel est également une conduite dissociante, c’est-à-dire utilisée afin d’atteindre un état de dissociation au vu d’expériences traumatisantes vécues auparavant, parfois dans l’enfance12. La prostitution consiste donc souvent en une conséquence de violences vécues et non soignées.
Une longue liste de conséquences problématiques pourrait être dressée. Parmi celles-ci et outre le syndrome de stress post-traumatique, citons le taux de suicide 12 fois supérieur à celui de la population générale, la consommation de somnifères 4,5 fois supérieure3, la détresse psychologique5, ou le phénomène de décorporalisation13.

En second lieu, nous pouvons affirmer que toutes les femmes sont victimes du système prostitutionnel, parce qu’il contribue à la vision d’une femme comme objet sexuel disponible pour assouvir les pulsions des hommes4. Il peut aussi avoir d’autres effets via le stigmate de la putain, tel que se différencier de ces femmes en étant « bien rangée »7. « “ Droit “ ou marchandise, le corps et la sexualité des femmes restent toujours entre les mains des hommes. »8. D’ailleurs, dans les zones proches de lieux de prostitution, le harcèlement sexuel est plus fréquent, les femmes ressentent plus le besoin de contrôler leur apparence et sont plus sujettes à la dépression. En plus, la banalisation de la prostitution augmente la stigmatisation des personnes en situation de prostitution, et la dévalorisation de toute femme4.

Finalement, toute la société est pénalisée en promouvant des rapports inégalitaires d’une part, et par le coût engendré par le système prostitutionnel d’autre part. Ce coût économique comprenant les coûts médicaux, les frais de police, de justice, l’évasion fiscale, les diverses allocations, et cetera, est largement supérieur au coût pour l’accompagnement des personnes en situation de prostitution, même en en augmentant les moyens3.

De quoi la prostitution est-elle le marqueur ?

« La prostitution se base sur la marchandisation du corps et de la personne ainsi que sur la domination masculine, structurant nos sociétés, les deux instaurent un être humain de seconde zone servant d’exutoire aux pulsions des hommes ». En ce sens, il n’est pas possible de combattre ni la marchandisation croissante de la vie humaine, ni les violences faites aux femmes, sans combattre le phénomène de la prostitution4.
Qu’est-ce qu’on veut comme société ?

En décidant d’agir ou non, la société a un rôle dans la perpétuation ou non du système prostitueur.

Combattre le sexisme passe par l’abolition de la prostitution. Le cas de la Suède est exemplatif. Dans ce pays, la prostitution de rue aurait diminué de moitié en dix ans, et la loi de pénalisation du client fonctionnerait comme une barrière à l’établissement de trafiquants et de proxénètes14.
Au contraire, la légalisation de la prostitution augmente le phénomène de traite des êtres humains4.
Il est donc du rôle des pouvoirs publics d’agir contre la précarité qui touche spécifiquement les femmes. Et de garantir les droits à la santé sexuelle et à l’intégrité physique à tout un chacun.