Une définition du suicide forcé

Les violences psychologiques répétées (mensonges, sarcasmes, mépris, humiliations, dénigrement, insultes, isolement, état de dépendance financière, harcèlement, menaces, et cetera) instaurent une pression psychologique continue sur la victime. Il s’agit ni plus ni moins du processus d’emprise. En effet, il ne s’agit pas d’un dérapage ponctuel mais de l’installation et du maintien d’un mode de relation. Les buts poursuivis par l’agresseur sont de déstabiliser, blesser, mais aussi de dominer, soumettre. En effet, les inégalités, la domination, le contrôle, sont à la base de l’iceberg de toute violence. De plus, les violences psychologiques sont le socle de toutes les autres violences.

La violence physique ne serait effectivement pas acceptée sans violences psychologiques, au contraire, elle s’installe au moment où les résistances psychiques de la victime ont cédé, quand la situation de domination est déjà installée. S’il y a violence physique donc, il y a emprise. La violence physique ne fait qu’augmenter son ampleur par un effet de sidération plus important, rendant la victime encore d’avantage emprisonnée.

Les violences psychologiques donc, même sans violences physiques, altèrent le jugement critique et le libre-arbitre de la victime, au point qu’elle en vient à l’impossibilité de nommer ce qu’elle vit, de dire ce qu’elle tolère ou pas. L’emprise induit une colonisation par l’auteur de tous les domaines de la vie de la victime – estime de soi, entourage, argent, etc – jusqu’à la perte du sentiment de dignité, et ce sont bien les objectifs de l’agresseur, qui veut tout dominer, tout contrôler. L’aboutissement de ces violences est bien la destruction morale d’un être. Les séquelles psychologiques sont nombreuses : état de stress post-traumatique, dépression, anxiété, troubles sexuels, troubles du sommeil, troubles du comportement alimentaire, automutilations, douleurs chroniques, psychose, abus de substances, conduites sexuelles à risque, suicide. Le suicide est donc bien la conséquence psycho-traumatique la plus extrême, en même temps qu’il constitue l’aboutissement du processus de domination (jusqu’à l’anéantissement), ainsi qu’une sortie de la prison mentale instaurée par l’auteur des violences. Les conséquences de la violence psychologique sont donc moins visibles que celles de la violence physique, elles constituent pourtant de graves séquelles, des marques indélébiles.

C’est dans un état de terreur intérieure extrême que la victime trouve le courage d’appeler à l’aide (plainte, demandes à l’entourage, etc). Malheureusement, apparaissant souvent fort perturbée, sa crédibilité peut être mise en doute, et ses appels ne pas être entendus. En plus, l’état de sujétion dans lequel elle est plongée par l’agresseur est généralement mal compris.

En effet, les mécanismes des violences sont peu connus. Il est par exemple vite oublié qu’une plainte constitue généralement seulement une scène particulière, quand c’est toute une histoire de violences qu’elle raconte. Ce qui différencie les violences entre partenaires d’un conflit de couple, c’est l’asymétrie ; parce que la domination est l’enjeu de toute violence.

Ainsi, le suicide forcé est l’appellation donnée au cas où une victime de violences psychologiques se donne la mort, en conséquence de sa souffrance, comme seule issue apparente à l’emprise dans laquelle elle se trouve, et comme aboutissement d’un processus de domination.

La violence conduisant parfois au meurtre, même si la mort physique n’est pas le but conscient de l’agresseur puisque la victime lui sert, le suicide est une autre forme de féminicide.

Comme en France où le suicide est reconnu comme circonstance aggravante du harcèlement moral, il est nécessaire de reconnaître le suicide comme conséquence des violences, et la responsabilité des auteurs.

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